« 13 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 47-48], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2349, page consultée le 24 janvier 2026.
13 mai [1836], vendredi matin, 7 h. ¾
Bonjour, vilain et très méchant petit homme, vous êtes joliment venu cette nuit,
c’est pour le chat1. Je suis très furieuse contre vous et il y a
déjà longtemps que je vous l’aurais écrit si je n’avais pas été forcée d’attendre
l’arrivée de ma bonne pour l’envoyer chercher du papier à lettres.
Comment
allez-vous, comment vont vos bobos ? J’espère que vous viendrez vous faire panser
de
bonne heure et que vous ne voudrez pas joindre à tous les griefs que j’ai contre vous
celui de vous faire couper la cuisse.
Dire que je vous
aime de plus en plus fort : c’est vraiment bien malheureux, puis vous faites vous
de
votre côté précisément le contraire. Mais je ne peux pas m’en empêcher. Il faut que
je
vous aime comme cela tant que je vivrai en corps et en âme. C’est pas ma faute.
Quel temps ravissant. Il me rappelle la délicieuse matinée que nous avons
employéea à courir ensemble
l’Académie que nous avons bien plus attrapée cette fois en ne bougeant pas. Vous
remarquerez, mon cher petit Toto, que le nous de la servante
du curé est une locution qui me vient naturellement et qu’il me serait gênant de la
changer. Il n’y a que lorsque je dis que je vous aime que je
suis personnelle. Je t’aime, je vous aime. Je t’adore, je vous admire.
1 À élucider.
a « emploiées ».
« 13 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 49-50], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2349, page consultée le 24 janvier 2026.
13 mai [1836], vendredi soir, 8 h. ½
Cher bien-aimé, vous n’êtes pas revenu et je n’ai pas le courage de vous en vouloir
car je sais que vous travaillez. Cependant j’éprouve le désir de vous voir au plus
haut point. Je vous aime plus que je ne vous ai jamais aimé, et je vous trouvais bien
aveugle de ne pas vous en apercevoira tantôt, malgré la rage de tête
que j’avais dans ce moment-là.
Oh ! oui je t’aime, mon cher adoré, je n’ai pas de
mot assez fort pour t’en donner une idée, je n’ai pas assez d’esprit pour t’en donner
une image quelconque mais que je t’aime !
Je vais me coucher en t’attendant. Je
n’ose pas espérer que tu viendras bientôt parce que le désappointement en amour ne
m’est pas facile à supporter.
La propriétaire a consenti à 120 F. Je crois que
nous avons fait un bon marché car il est certain que tout
seb serait perdu là-bas en très peu de
temps et puis nous avons la bonne sous la main, ce qui en cas de maladie ou d’accident
n’est pas à dédaigner. Il est possible que nous puissions entrer d’ici à lundi en jouissance de la chambre mais ce n’est pas encore
très sûr1.
Mais mon pauvre ange, je t’aime, voilà la seule, la grande, la
bonne nouvelle. Je t’aime.
Juliette
1 Le 8 mars, Juliette a emménagé au 14 rue Sainte-Anastase. Cherche-t-elle à y louer une chambre pour sa bonne ?
a « appercevoir ».
b « ce ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
